jeudi 19 octobre 2017

L'Etat athée, garant de la laïcité



« Pour ceux qui croient, aucune preuve n’est nécessaire. Pour ceux qui ne croient pas, aucune preuve n’est possible » disait l’économiste américain Stuart. Considérez le sujet de la pratique religieuse en Chine. La presse occidentale en est convaincue, la Chine est l’un des pays les plus intolérants en matière religieuse et un des plus répressifs en matière de liberté de conscience. Chercher des preuves ? À quoi bon ! 



On lira ainsi avec une curiosité d’entomologiste cet article de Claire Lesegretain, dans La Croix, qui cite des passages d’un rapport chinois sur la liberté de culte pour laisser ses lecteurs imaginer une réalité effrayante. Il faut savoir que « la Chine affirme », dans le jargon journalistique occidental, signifie « la Chine ment en affirmant que ». La presse libre part du principe que l’information en Chine se compose à 100 % d’une propagande éhontée, et qu’il suffit par conséquent d’inverser le sens de toute déclaration officielle pour obtenir une vérité garantie 100 % exacte. Le lecteur a si bien intégré cette règle de « l’information-miroir » que l’auteure ne ressent même pas le besoin d’apporter la moindre information complémentaire à son recueil de citations. L’efficacité du procédé est surprenante : tout en lisant « le respect et la protection de la liberté de croyance religieuse est une politique fondamentale nationale à long terme du gouvernement chinois », on se prend à frissonner en imaginant émeutes, insurrection religieuse et répression féroce.



Mêmes sous-entendus effrayants dans cet article de La Vie qui titre L’année noire de la persécution religieuse ? Le magazine récapitule les griefs, pourtant véniels à bien y regarder, formulés par des témoins bien entendu anonymes. « Destructions de lieux de culte illégaux », « ingérence de l’État dans les affaires internes des communautés religieuses », « pressions », les exemples vagues que l’on rencontre ça et là dans l’article ne justifient pas vraiment le terme sensationnaliste de « persécution. »

La politique religieuse de la Chine découle en réalité d’un principe limpide : la religion est une affaire de croyance personnelle qui ne doit pas se transformer en mouvement politique, en revendication identitaire ou territoriale. C’est de cette laïcité pragmatique que découlent les interventions de l’État qui ferme des églises clandestines, lutte contre le terrorisme à prétexte religieux ou démantèle des trafics illégaux sous couvert de religion. En revanche, et c’est facile de le constater, les croyants sont libres de pratiquer pacifiquement leur religion. Autour des mosquées, des églises, des temples bouddhistes, ils sont des dizaines se masser, les jours de culte, des centaines les jours de fête religieuse. Le commerce religieux est lui aussi autorisé, en témoignent les innombrables boutiques ethniques qui proposent des objets de culte propres à telle ou telle croyance. Encens, images pieuses, vêtements traditionnels, cierges, amulettes et statues à l’image de la Vierge ou de Vishnu sont ainsi diffusés à des millions d’exemplaires dans tout le pays, alimentant un commerce que l’on imagine florissant. Un peu partout, des marchés et des restaurants proposent des mets adaptés aux exigences religieuses des croyants.  



L’État chinois est athée, et ce n’est pas la moindre de ses qualités. Cet athéisme garantit à tous, selon des critères impartiaux, le droit de croire et de pratiquer sa religion. Mieux : la Constitution chinoise est la seule au monde à garantir également à ses citoyens le droit de ne pas croire : jusqu’à l’âge de 18 ans, les Chinois sont protégés de toute propagande religieuse extra-familiale. Les enfants chinois échappent ainsi au prosélytisme agressif des religions majoritaires que l’on observe dans la plupart des pays démocratiques. De quelle liberté religieuse se prévalent le prêtre qui baptise ou le rabbin qui circoncit le nouveau-né inconscient des engagements qu’on prend à sa place ? De quel droit l’Église mormone baptise-t-elle en masse des citoyens de tous les pays et de toutes religions pour les porter contre leur gré dans ses registres ?



Même dans les pays comme les États-Unis ou la France où la séparation de l’Église et de l’État est gravée dans le marbre de la Constitution, la majorité démocratique tend à exercer un favoritisme religieux et une discrimination de fait qui attisent les rancœurs. On se rappelle la controverse qui secoua ce pays où les élus jurent sur la Bible, lorsqu’un musulman demanda à jurer sur le Coran. On voit, dans cet autre pays à la laïcité sourcilleuse, la police vestimentaire verbaliser d’inoffensives porteuses de voile. Sans compter mille vexations quotidiennes qui se produisent loin des micros et des caméras.



Laïcité hypocrite où l’État, soi-disant séparé de la religion, sensément respectueux de la diversité religieuse de ses citoyens, continue de favoriser les uns au nom de la coutume et de discriminer les autres au nom de l’ « intégration ». En France, une laïcité mesquine veut garantir à tous le droit imprescriptible de caricaturer le prophète, alors qu’elle punit sévèrement la moindre allusion susceptible d’être interprétée comme antisémite.



Bien des pays gagneraient à s’inspirer de la laïcité tranquille qui règne en Chine.


lundi 27 mars 2017

Corruption: cachez ce sein que je ne saurais voir...



Alors que l’on approche de la fin du premier mandat du président Xi, la presse internationale se penche sur les résultats de l’opération « mains propres » annoncée dès 2012 et qui a ponctué l’actualité de ces cinq dernières années. On pourrait imaginer qu’après avoir beaucoup dénoncé la « corruption endémique » qui règnerait en Chine, la presse démocratique allait louer l’effort de transparence et de discipline entrepris depuis. Ce serait compter sans le catastrophisme maladif de notre presse au sujet de ce pays. Hebdos et quotidiens se livrent à une véritable surenchère de titres racoleurs, depuis Le jeu dangereux de Xi Jinping annoncé par Atlantico jusqu’aux Effets pervers de la lutte anticorruption en Chine du Figaro, qui dans un autre article parle de « croisade » anticorruption, tandis que 20 Minutes va jusqu’à décrire « l’inquisition de Beijing » qui frapperait les malheureux fonctionnaires chinois ! 



Les journaux de l’Hexagone s’inquiètent surtout pour l’industrie française du luxe qui serait, à en croire Le Monde et Le Parisien, la principale victime de cette campagne de nettoyage des écuries d’Augias : La lutte contre la corruption affecte les résultats des marques de luxe, affirme le premier, tandis que le second renchérit presque mot pour mot : En Chine, la lutte anticorruption pénalise le marché du luxe. Dame ! Les petits cadeaux, les montres de luxe, les sacs hors de prix qui servaient à entretenir l’amitié des fonctionnaires ne trouveraient plus preneur depuis que ces pratiques sont mieux encadrées par la loi. Histoire de ne pas louer exagérément l’efficacité des mesures prises, Libération s’autorise un jeu de mots en titrant Contre la corruption, la Chine prend des mesures de surface. À la lecture de l’article on comprend qu’il s’agit des mesures anticorruption concernant les surfaces et l’aménagement des bureaux des fonctionnaires, lesquels sont invités à la modestie dans l’organisation de leur cadre de travail.


Alors finalement, efficace ou pas, cette opération « transparence et parcimonie » ?

La majorité des gazettes s’obstine à y voir, comme Atlantico, « des objectifs moins vertueux », une façon déguisée de se débarrasser des « réformateurs » plutôt que des indélicats. 

Systématiquement, dans la presse occidentale, on estampille « réformateurs » ceux qui sont écartés du pouvoir, façon d’affirmer sans trop se mouiller que le PCC fait plus la chasse à la démocratie qu’à l’argent sale. C’est ainsi qu’on préférera, comme The Economist, le terme de « purge » à celui de lutte anticorruption, ou qu’on affirmera tout de go comme Le Figaro que La lutte anticorruption tourne à la purge politique. Un terme qui fait évidemment référence, on n’est pas à une outrance historique près, à la période des procès politiques staliniens qui ont envoyé à la mort des milliers d’opposants. Un parallèle que l’hebdomadaire britannique revendique sans complexe : « un peu comme à Moscou à l’hiver 1936, on ne sait pas trop qui sera la prochaine victime » écrit l’auteur, qui poursuit « la question étant de savoir si l’on assiste à une réelle volonté de nettoyage ou à des vendettas politiques. »



« Derrière cette volonté affichée » de transparence se cacherait donc « un certain nombre de règlements de comptes » au plus haut niveau, insinue à son tour Le Monde, citant l’ONG Transparency international qui a rétrogradé, sur des critères peu transparents, la Chine à la 100e place sur 175 en termes de pureté des pratiques officielles. Une campagne d’esbroufe politique donc ?


C’est en tout cas l’idée que s’en fait Le Figaro, qui affirme que « le président Xi peine à en récolter les fruits » auprès du public qui reste, de l’avis général de la presse occidentale, dubitatif. Quelques sources un peu moins orientées rappellent tout de même, comme RFI, que cette lutte contre la corruption ne tombe pas du ciel mais correspond à un souhait majeur de la population exaspérée, et des lecteurs font remarquer sur les forums de commentaires que ces mesures frappent non seulement « les tigres » mais aussi « les mouches », ce qui en bonne logique n’a rien à voir avec les combats politiques au sommet de l’État.



Plusieurs journaux reprennent les chiffres de Wikipédia indiquant qu’en 2016, plus de 100 000 dossiers de corruption ont été traités, dont au moins 120 concernant des hauts fonctionnaires. Ces nombres sont-ils l’indice d’une réelle volonté de nettoyage ou au contraire d’une corruption généralisée ? Une chose est sûre, le chemin reste long.


Pourquoi, se demande-t-on, la Chine ne procède-t-elle pas comme on le fait chez nous ? La solution au problème de la corruption, c’est tout simplement de ne plus employer ce terme grossier. Lorsqu’il s’agit des agissements de nos MM. Cahuzac, Dassault et autres Balkany, on lui préfère celui, beaucoup plus distingué, de « conflit d’intérêt. » Qu’un François Fillon soit soupçonné d’avoir détourné l’argent public et on se contentera d’envisager, avec tous les conditionnels d’usage, des « emplois fictifs », c’est tout de suite plus classe. Finie la corruption !


Fi ! Ce terme blesserait les oreilles de nos vertueux politiciens occidentaux.

dimanche 26 février 2017

Du bon usage de la corruption...



Que ce soit en Chine, en Europe ou ailleurs, la « loi de Su Chou » est une vérité universelle, même si elle connaît des variantes locales. Su Chou, c’est ce conseiller auquel l’empereur Yuwen Tai (507 – 556) fit appel un jour, alors que les caisses de l’Etat étaient vides et les fonctionnaires corrompus.


Yuwen Tai : Comment redresser cette situation désespérée ?
Su : En se servant des bureaucrates.
Y : Comment me servir des bureaucrates ?
S : Emploie des bureaucrates corrompus pour te débarrasser des bureaucrates corrompus.

Y (très surpris) : Pourquoi employer des bureaucrates corrompus ?
S : Si tu veux que les bureaucrates travaillent pour toi avec un zèle maximal, tu dois leur offrir des avantages. Si tes moyens sont insuffisants pour satisfaire leur appétit, et ils le seront toujours, tu dois leur donner du pouvoir et de l’autorité et leur permettre d’en faire usage pour exploiter le peuple. De cette façon, leurs appétits sont satisfaits.
Y (d’abord enthousiaste, puis à nouveau perdu) : Les bureaucrates corrompus bénéficient du pouvoir et de l’autorité que je leur donne, mais moi, quel est mon avantage ?

S : C’est là le cœur de l’art d’être prince. Pour employer des bureaucrates corrompus, tu devras en même temps combattre la corruption, c’est là le seul moyen de tromper le peuple et de maintenir ton pouvoir.
Y (surpris mais satisfait) : Donne-moi plus de détails sur cette façon de faire.
S : Elle comporte un double advantage. Premièrement, il n’existe pas de bureaucrate parfaitement vertueux. Ce n’est pas des bureaucrates corrompus que tu dois te défier, mais de ceux qui désobéissent à tes ordres. Au nom de la lutte contre la corruption, débarrasse-toi de ceux qui te désobéissent et ne conserve que les plus obéissants. De cette façon, tu renforces ton pouvoir et tu gagnes le soutien du peuple en prime. Deuxièmement, le fait que ces bureaucrates sont corrompus te fournit une excuse et un moyen. S’ils osent te trahir, emprisonne-les pour corruption. Les bureaucrates corrompus ont toujours peur de perdre leur poste et par conséquent t’obéiront au doigt et à l’œil. D’où l’on voit que la lutte contre la corruption est le meilleur instrument pour gérer les bureaucrates corrompus. Si tu n’emploies pas de fonctionnaires corrompus, tu perds le meilleur instrument pour les contrôler et tu ne pourras pas longtemps les maintenir sous ton autorité. Si tes fonctionnaires ont les mains propres, ils seront aimés du peuple. S’ils désobéissent, tu n’auras pas de prétexte pour les éliminer. Si malgré tout tu te débarrasses d’eux, cela produira le mécontentement du peuple et peut-être même des émeutes. C’est pourquoi il faut employer des bureaucrates corrompus pour faire le ménage parmi les corrompus de l’administration, et faire d'eux tous tes alliés les plus loyaux. Mais il y a autre chose...
Y : Autre chose ?
S : L’emploi de bureaucrates corrompus provoque le mécontentement et le désordre.
Y (surpris et choqué) : Quel est le moyen de résoudre ce problème ?
S : Le seul moyen est de lancer une campagne anti-corruption tout en renforçant ta communication avec le peuple. Il faut prouver que tu te préoccupes du peuple pour apparaître comme un bon empereur, tandis que ces bureaucrates corrompus sont les mauvais éléments. De cette façon, tu te défausses sur eux. Le peuple ne se rappellera jamais que c’est toi qui les as nommés. Pour entretenir le peuple dans l’idée que tu es un bon souverain, il faut lui faire comprendre que cette corruption est à l’opposé de tes intentions initiales. Que ces bureaucrates corrompus ont tout gâché.
Y : Mais que faire des bureaucrates corrompus qui causent tant de souffrances au peuple?
S : Débarrasse-t-en et fais triompher la justice ! L’argent qu’ils lui ont soutiré, tu le mets dans tes poches. Ainsi tu exploites le peuple sans être accusé de le faire. Ainsi, tu emploies ces bureaucrates pour gagner le soutien inconditionnel de nouveaux bureaucrates. Se débarrasser des opposants sous prétexte de lutte contre la corruption, s’enrichir en éliminant les fonctionnaires corrompus, tel est l’art des princes !


Toute ressemblance avec des personnes ou des événements contemporains serait évidemment fortuite et ne pourra entraîner le versement de droits d’auteur ou de royalties aux héritiers de Su Chou dont on a d’ailleurs perdu la trace.

vendredi 27 janvier 2017

Le pire des systèmes




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La démocratie américaine, malgré tous ses défauts, est cent fois préférable à l’horrible dictature chinoise, entend-on souvent dire comme une évidence. Est-ce vraiment si sûr ?

La couverture des élections américaines fut plus sobre dans la presse chinoise que dans les pays démocratiques. Loin de l’émotion qu’elles suscitèrent à l’Ouest, dans le monde non-aligné, c’est l’ironie contenue qui a dominé. D’accord avec nos amis d’outre-Eurasie : le cirque médiatico-électoral américain a été, cette année, de nature à dissiper les illusions démocratiques les plus solidement enracinées... D'ailleurs imaginons un instant : une telle campagne en Chine. Difficile ?


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Comme souvent en Amérique, c’était la lutte du Bien contre le Mal. L’élection 2016 fut un match de catch : sans crainte du ridicule, la presse démocratique, unanime des deux côtés de l’Atlantique, a encensé la candidate de l’establishment et traîné dans la boue le candidat désigné comme repoussoir. 
Ç'aurait été en Chine, on aurait eu droit aux « retour du culte de la personnalité », « propagande éhontée et mensongère ». Heureusement, c'était aux USA.

Ah, quelle rigolade, ces débats entre candidats se jetant des invectives à la figure, alignant les slogans simplificateurs et les demi-vérités, puis les discours agrémentés des hurlements de foules en délire, les larmes de joie et de déception, les envols de ballons et les survols de stades avec des avions à réaction... et que dire des publicités destinées à salir l’adversaire ? La démocratie est un show. Un amuse-badauds qui engloutit des milliards de dollars sans rien résoudre. On riait jaune, on avait de la peine pour nos amis américains. Imagine-t-on la même chose en Chine ? 

Les Haski, les Cabestan, les Pedroletti, chantres inflexibles de la démocratie en Chine, c'est ça qu'ils proposent ? Il est à craindre que les Chinois ne soient pas tentés...
En Chine les choses se passent différemment. Bien sûr, la presse internationale est là pour le dénoncer infatigablement, les présidents chinois sont désignés derrière les portes closes du parti communiste. Sont-ils pour autant moins légitimes ? Moins compétents ? Moins populaires ? 


A l'opposé de la télé-réalité américaine, le système politique chinois est une méritocratie : les politiciens grimpent les échelons du parti en s’affrontant dans une sorte de tournoi assez semblable à un championnat sportif. A chaque niveau, municipal, local, régional, provincial, puis national, les chefs de parti sont évalués selon une liste de 70 critères, dont la croissance du PIB, le niveau de paix sociale, les affaires de corruption, les casseroles, les qualités personnelles...

L’organisme qui se charge de cette évaluation est le Bureau central des compétences (zhongzubu 中组部) et c’est réellement l’équivalent, à l’échelle du pays, de la direction des ressources humaines dans une entreprise. C’est le zhongzubu qui pilote les carrières, conduit les évaluations, propose à untel et unetelle l’avancement ou la stagnation, voire l’élimination en cas de grosse sortie de route. Les candidats susceptibles d’entrer au Politburo, c’est à dire les présidentiables potentiels, le zhongzubu les oriente vers les postes, aux Affaires étrangères ou dans le comité de Défense, qui leur permettront de parfaire leur maîtrise de tel ou tel aspect crucial de la vie politique du pays.

L’expérience Mao Zedong n’a pas horrifié que l’Occident : depuis Deng Xiaoping tout est fait, à tous les niveaux de l’Etat, pour prévenir ce genre de culte de la personnalité. Aussi bien le parti communiste que le zhongzubu, tout est construit en comités. Vous pensez (la presse libre vous le répète jour après jour) que le président Xi est un horrible despote bardé de pouvoirs discrétionnaires ? Ses fonctions sont principalement représentatives : comme la reine d’Angleterre, il est surtout là pour recevoir les visiteurs étrangers, serrer la pince aux dignitaires régionaux, inaugurer les chrysanthèmes, annoncer les grandes orientations. Il nomme les ambassadeurs et préside le comité permanent du Politburo, où siègent six de ses collègues (premier ministre, chef du Comité de défense, etc). 

Pour prévenir toute mesure extrême ou précipitée, les décisions, en Chine, sont prises par délibération. La presse étrangère répète sans cesse le contraire, mais c’est facile de constater à quel point la politique étrangère chinoise est mesurée, prudente, respectueuse du droit international et des résolutions de l’ONU. Surtout comparée à celle du shérif global. C'est pareil en politique intérieure : à tous les niveaux, les officiels soucieux de leur carrière future marchent sur des œufs et cherchent à tout prix à éviter les remous, ménageant la chèvre du PIB et le chou de la contestation sociale. 

Lorsqu’on se donne la peine d’en examiner les mécanismes, on ne peut qu’être impressionné l’efficacité de ce système complexe de conciliation, de vote et de délibération. Il est conçu pour éliminer à l’avance tocards et ringards, détecter les traîneurs de casseroles, les corrompus en passe d’être accusés, pour ne conserver au Politburo que quelques présidentiables irréprochables. Les présidents chinois se succèdent et se ressemblent, la politique suivie se poursuit sur le long terme, la tortue chinoise avance de son train de sénateur, doublant inexorablement le fantasque lièvre américain. Pas seulement les présidents : à tous les niveaux de l'Etat, c'est ce même système de sélection sur dossier et de promotion au mérite, par délibération et vote en comités, qui s'applique. Les problèmes (corruption, écologie, pauvreté, inégalités) sont identifiés, les méthodes définies, les plans d'action arrêtés, les mesures prises et évaluées, les résultats suivis et corrigés.   

Cette évolution de l'Etat, lente mais coordonnée, ce développement économique, pas toujours très respectueux des desiderata individuels mais efficace au niveau national, c'est le résultat de la sélection et de la promotion des cadres au mérite. 

Est-il nécessaire de le préciser ? En Chine, les hurluberlus du calibre de Hillary et Donald n'ont aucune chance d'être short-listés pour les fonctions suprêmes.